Part d'ombre

 

 

 

Il m’est arrivé d’écrire des textes plus ou moins désespérés, comme un exutoire, et certains se prêteraient à des ambiances rageuses très rock… ce qui est un peu compliqué avec une guitare sèche. Il faut donc un petit effort d’imagination.

 

Dedans debout

A partir d'une idée de Danielle.

 

Le cul sur nos sièges
Tout ça n’en finit plus
Comme toujours pris au piège
Des bouchons aux issues
Allez tournez manèges
On sera courbatu
D’avoir courbé l’échine
Et ployé nos genoux
Comme une troupe chagrine
Devant son gourou
L’humanité qui racle
Le fond d’son pantalon
Qui râle qui renâcle
L’étrange procession
L’interminable fable
Puissants et misérables…

Et pourtant
Dedans, on est debout
Nous, ça nous rend fou
Les carcans à nos cous
Et comment,
Un jour on désapprend
A tendre l’autre joue
Même coincé sous le joug
Des matons, des pions,
Des cerbères, des gardes-chiourme et des chaperons
Faut mater les matous
Dedans on est debout

 

C’est assis que l’on boit
Jusqu’à la lie
A la coupe des rois
Et le banquet s’ensuit
On aimerait faire ce choix
De souffler sur les braises
Ms on repasse les plats
Digérant des foutaises
Faut repaître le groupe
Pas cracher ds la soupe
Elle n’est pas si mauvaise
N’était cet arrière-goût
De relents de malaise
Qui imprègne le mou
Ça rancit le graillon
Ça gêne la digestion

Refrain

Et pourtant
Dedans, on est debout


(Maquette avec Fidius Grimbeur)


Y'a tant

Y a tant de choses qu’ont d’jà été dites
Qu’il ne reste que l’illusion
D’inventer encore à la suite, suite… suite,
De nouveaux refrains aux chansons

Y a tant d’histoire et tant de mythes
Que les critiques ont décrypté
De références qui vs parasitent zitent… zitent
Pièges de l’intertextualité

Y a tant de rimes laborieuses
Amour toujours et toute la clique, clic
Décrassées à la lessiveuse
De la variété, c’est… pathétique

Y a tant de mots trop galvaudés
Qu’on croirait des bouses confites, fites
Fossé sans fond de la vacuité
Leur simple évocation m’irrite

 

Y a tant de métaphores cuites, cuites cuites, recuites
Que l’apprenti-poète pense
Sorti du génie qui l’habite,  hum
Tout n’est que réminiscence

Y’a tant de consternants poncifs
De portes ouvertes à refermer
De clichés taillés au canif
De lieux communs trop visités

Alors faut-il encore chanter ?
Sur quels airs, quelles thématiques, tiques…?
Que reste-il à raconter ?
Quels états d’âme à mettre en musique ?

Je suis ptèt un peu pessimiste
Y en a tjrs pour étonner
Moi je me contente en fumiste
D’exposer la difficulté…


(Maquette avec Fidius Grimbeur)


Au rabot

Texte vierge de toute musique.

 

Enfants de bois trop vert

Le menuisier des dieux

Dans l’atelier d’enfer

Dégrossit les morveux

Et débourre les chairs

A grands coups de ciseaux

C’est la fessée du père

Tendresse du rabot

 

Au rabot

Passage après passage

Polis, écrémage de la rage

Lisses, nous sommes devenus sages

Qui seront ces cabots

Qui déferont l’étau ?

 

Artisan minutieux

A l’école il récure

Travaux méticuleux

Peaufine l’éraflure

Papier de verre rugueux

Sur les derniers accrocs

A bas le séditieux

Saboté par copeaux

 

Refrain

 

Retour à l’établi

Pour établir les gens

Il décape les gentils

De leurs grands sentiments

Une couche de vernis

Pour farder les bourreaux

Dans la sciure les débris

Des êtres en défaut

 

Refrain

 

Et quand le bois faiblit

Et que les veines s’usent

Que la gouache vieillit

Fendillée et contuse

Les ponçages ont failli

L’issue est un fourneau

Carbone de nos vies

Dans l’urne d’un tombeau



Les pièces en chocolat

 

Combien t’en as
Des pièces en chocolat
Combien de tas
Je serais toi
J’les accumul'rais pas
Régales-toi
Ça n’ sera pas toujours comme ça

Joue à la marchande
Tant que tu peux gamine
Car quand tu seras grande
Accroc à la rapine
Il faudra que tu vendes
Camelote et cocaïne
Et bien d’autres prébendes
A des clients trop fouines
Doute qu’elles ne te transcendent
Ces palabres mesquines

Combien t’en as
Des pièces en chocolat
Combien de tas
Je serais toi
J’les thésauriserais pas
Régales-toi
Ca n’ sera pas toujours comme ça

 

Y aurait des bandits
A la bourse ou la vie
Tu peux choisir ton camp
Allez gamin vas-y
Mais en vrai c’est l’arnaque
Ni gentils ni méchants
Juste une question d’argent
Que les plus malins braquent
Que la police traque
Intérêts convergents

 

Combien t’en as
Des pièces en chocolat
Combien de tas
Je serais toi
J’les épargnerais pas
Régales-toi
Ca n’ sera pas toujours comme ça

A l’école béate
Sois attentif en math
Opérations ingrates
Au cœur des pourcentages
Se cachent les gains futurs
Agios et arrérages
Encaissés à l’usure
Entassés ça rassure
En financier nuage
Avant déconfiture

Combien t’en as
Des pièces en chocolat
Combien de tas
Je serais toi
J'les empilerais pas
Régales-toi
Ca n’ sera pas toujours comme ça



Trancher

Cette chanson a été écrite dans le cadre d'un spectacle sur la guerre 14-18. Il s'agissait, avec ce travail, à la fois d'entrer dans l'horreur du champ de bataille plutôt que de rester en lisière comme ont tendance à le faire les commémorations militaires (la gloire,  le courage, tout ça...), et d'en souligner l'absurdité crasse via un personnage réellement boucher dans la vie et tout le champ lexical qui va avec.

 

Dans le civil je suis boucher
Dame la bidoche c’est mon métier
Je tranche à la lame du couteau
Les trachées des tendres agneaux
Alors que le porc hurle à mort
Je l’suspends et sans un remord
Tchac j’égorge étripe éviscère
C’était avant l’début d’la guerre

J’étais un boucher qui tranchait
Moi les boyaux, ça me connaît
Fort d’un hachoir comme appendice
Je f'sais de la chair à saucisse 

Quand l’armée m’a mobilisé 
La boue m’a immobilisé
Entre 2 tirs d’artillerie
On creuse des boyaux sans répit
Qu’on remplit de chair à canon
Les rats et nous tristes troufions
Le froid transi la peur rampante
Prennent aux tripes nos nuits tremblantes

Je suis le boucher retranché
Moi les boyaux, ça me connaît
Une pelle comme appendice
J’enterre la chair à saucisse

Dans les tranchées je suis boucher
Mais je r’connais plus mon métier
Au coup de sifflet du capo
Je fusille et monte à l’assaut
Et quand un boche hurle à la mort
Je pourfends d’un seul coup son corps
Je mets à l’air toutes ses tripes
Et je repars droit au casse-pipe

Je suis le boucher des tranchées
Moi les boyaux ça me connaît
La baïonnette en appendice
Je fais de la chair à saucisse 

Si j’en sors vivant je promets
Que je changerai de métier



Douce-amère

 

Oh douce amère,
La grisaille qui se répand dans l’atmosphère
Écoute un peu
Oh mélancolie, l’ironie (/mélodie)
Du temps farceur,
Un tour d’honneur,
Et s’évanouit

Au début on marche
En groupe serré
Ensemble on s’arrache
On pense arriver
Au bout le couvert
La chaleur d’une flambée
La trinque des verres
Le régal partagé

Mais la route sans cesse
Égratigne l’horizon
Hasarde la promesse
De s’poser pour de bon
Aux carrefours se succèdent
Les chemins détournés
Les appels à l’aide
Dans les sinuosités

 

Refrain

La forêt se voile
De nébulosités
La promenade s’étoile
On est un peu paumé
On appelle en renfort
Les souvenirs périmés
Nostalgie ce trésor
Pour encore carburer

Mais le brouillard agace
Chacun a son idée
Qu’il suivra tenace
Quitte à s’éparpiller
C’est ainsi que finissent
Les amis dispersés
Et les années remplissent
Les rebuts du passé

Refrain



Matinal machinal

Ce texte est à l'état de projet : l'idée serait d'en faire une sorte de mélopée violente qui s'accélère, avant de ralentir sur la fin, avec beaucoup de percussion, et en fond des voix qui scandent inlassablement "matinal machinal met ta tête au carré".

 

Matinal, Machinal
Mets ta tête au carré

 

Matin sec
Comme du foin
Prise de bec
Œil chafouin

La Chaudière
Tacatac
Courants d’air
Tout à trac

Miroir sale
Gueule de chien
Visage pâle
Pauvre indien

Sous la douche
Un geyser
Un jet louche
Couche calcaire
 
Céréales
Le train-train
Le journal
Les potins

Les infos
Page de pub
Météo
Un vieux tube

Thème astral
Rien de rien
Jour banal
Aigrefin

Un coup d’ peigne
Un coup d’ froid
Les rues craignent
Nuages bas

Lampadaire
Pluie boudeuse
Les gouttières 
Pleurnicheuses

Caniveaux
Crotte mémère
Des ruisseaux
Vers la mer

Le voisin
Sa voiture
Nains d’ jardin
Devanture

Un joggeur
Acharné
Un tagueur
Décharné

Voies de bus
Queue leu leu
Pedibus
Tête à queue

 

Écoliers
Rang d’oignon
Bien sarclés
Nez grognons

 

Ouvriers
Au charbon
Les pépés
Au balcon

A la chasse
Au parking
A l’agace
Au feeling


Les pervenches
Elles butinent
La revanche
Aubergine

RER
Chef de gare
Les horaires
Le hasard

Sur la grève
Un piquet
Grogne brève
Ensablées

Freins rouillés
Sur les rails
Train souillés
Tas d’ferraille

Ouverture
Presse le pas
Fermeture
Presse le tas

Soubresaut
R’gards en coin
Le métro
Tout’c tintouin

Foule aveugle
Couloir borgne
Des gens beuglent
Un flic cogne

Baladeur
Tapageuse 
Mains (im)pudeur
Baladeuses

Pickpocket
Mise-à-sac
Traque discrète
Quel micmac

La bibine
Les clodos
Les urines
Les maqu’reaux

Terminus
Place d’enfer
Infarctus
La lumière

Tours de verre
Nuées d’ cadres
Les affaires
Les joues glabres

Ascenseur
7ème cieux
Haut l'écœure
Ô Grands Dieux

Les collègues
Le turbin
Troupe de bègues
Tu tut tutu vas bien ?

La machine
Le café
Eh machine
Ton dossier

Réunion
Objectifs
Plan d'action
Suractif

 

Progiciel
Proactif
Port virtuel
Productif

Petit chef
Petitesse
Haut bénefs
Et bassesse

 

Le patron
Margoulin
Maquignon
Droit divin

Bête fidèle
Multiposte
Moutons bêlent
Pâle riposte

Narcotique
Cocaïne
Antalgique
Et Morphine

Très stressé
Trop pressé
Oppressé
Agressé

Crise de nerf
Burn out
Un éclair
Effet shoot

Besoin d’air
Enfermé
Boite en fer
Tempérée

La nausée
Les toilettes
Les WC
Néons nets

Pause midi
Pause sandwich
Pain rassi
On s’en fiche

Devisons
Évasion
Des visions
Élision

Décompresse
Coup de barre
Presque HS
Et ça r’part

Fin d’aprèm
Terminable
Une sirène
Intraitable

Route inverse
Aux pénates
Fin d’averse
Joie ingrate

T’es rentré
Ç’a été
Trop crevé
Va t’coucher



Aux fins confins

 

Aux fins confins du bout du monde
Où larme une lumière rubiconde
Après une énième embardée
Sur un ponton poserai le pied

Tandis que clapote un silence
Accouplant des lambeaux de bruit
Sur le marais de la démence
En dur chercherai un abri

Un siège avec une bonne assise
Pour ouïr radoter l'infini

Et là je poserai ma valise
Pleine au ras bord de soucis (bis)

Aux fins confins du bout du monde
Là où tous les espoirs s'effondrent
Au fond d'une gargote mal famée
Ergotent des souvenirs oubliés

Bordés de discutes sans chute
Couvertes par des chœurs aigris
Votre marigot me rebute
Marasme granuleux et gris
L'atonie a des mains exquises
S'assoupir en son creux pétri

Alors je poserai ma valise
Pleine au ras bord de l'ennui (bis)

 

Aux fins confins du bout du monde
Là où crachotent les secondes
Où les minutes sont étales
Sous des coupoles sidérales

Des engrenages à la dent dure
Claquent dans la machinerie
Des épilogues comme des ratures
Qui confinent aux impasses moisies
Raccroche tes vieilles hantises
Ici s'achèvent tes rêveries

Alors je poserai ma valise
Pleine au ras bord de la vie (bis)



Ma révérence

 

Et je vous tire ma révérence
Et je profite du silence
Pour m’éclipser je prends ma chance
Personne ne verra mon absence
Pour m’éclipser je prends ma chance
Personne ne verra mon absence

J’étais content de vous connaitre
Mais j’en ai assez de paraître
Un étranger ou même un spectre
Qui ne vit qu’avec des peut-être
Un étranger ou même un spectre
Qui ne vit qu’avec des peut-être

N’y voyez pas d’impolitesse
Mais plutôt de la maladresse
Pensez à moi mais sans tristesse
Je vous entoure de ma tendresse
Pensez à moi mais sans tristesse
Je vous entoure de ma tendresse

Reprise du premier couplet