Nocturne

 

« Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci. »
Baudelaire

Sous le lit

 

Tremblement de terre
Extinction des lumières
Sous les frondaisons du sommier
Gît une prairie délaissée
Sous le lit

Sous le lit
Des moutons de poussières
Emportés par les courants d’air
Couvent nos premiers sommeils
Alors même qu’on essaye
De compter leurs forfanteries

 

Sous le lit
Des araignées légères
Jouent les tendres bergères
Et tissent un fil de soie
Qui ouate les parois
De nos rêves de guingois
Sous le lit

 

Sous le lit
Les moutons de poussière
Détalent devant les mystères
Les fantômes des coins noirs
Parfois même un cauchemar
Ruant sans repos ni répit

 

Sous le lit

Des feuilles messagères
Froissent des êtres chers
Dans du papier jauni
Bruissant d’ardents récits
Des souvenirs chéris
Sous le lit

Sous le lit
Les moutons de poussières
Broutent des chaussettes amères
Que la floraison blanchit
Comme fane un pissenlit
Victimes d’un cotonneux oubli

 

Sous le lit

Capiteux cimetière
De tombes familières
Scellées dans des cartons
Derniers témoins ronchons
Des années passagères
Sous le lit

Sous le lit
Le chat fait son affaire
Des pauvres moutons de poussières
Trouble troupeau évanoui
Dans des nuées jolies
Ainsi se calfeutre la nuit
Sous le lit


(Maquette avec Fidius Grimbeur)


Le marchand de sable

Berceuse très efficace !

Dans le murmure du soir, le drapé de la nuit
Souffle aux rêveurs, aux amoureux, aux endormis
La voix bercée de merveilles ensommeillées
Du marchand de sable finissant sa tournée.

Le rideau déroulé abandonne à Morphée
L’étreinte délassée des corps épanouis ;
Ample résonance des soupirs assoupis.

Dans l’ombre, quand les âmes somnolent apaisées,
La moindre des formes prend un air effaré,
Mais dans le pli des couvertures bordant ton lit,
Doux berceau de chaleur, en attendant l’oubli,

Repose tranquille,
Dormeur,
Sous la voûte étoilée...



A la lune

 

Au soir qui tombe, au clair de Lune,
N’allez pas rôder aux marais !
Les druides déchiffrent les runes ;
Les lucioles deviennent fées.

Vous ne pourrez qu’être saisi
En épiant les nuées flottantes
Hâlées par des femmes inquiétantes
Qui sont sorcières de nos nuits.

Ensuite viendront dans la ronde
Les êtres épris de magie :
Ne risquez pas d’être séduit
Par leur sabbat autour de l’onde.

Ne sentez-vous pas empester
Lorsque passe la farandole
De restes humains putréfiés
Mue par une incantation folle ?

 

Fuyez quand se présenteront
Pour être au dernier sacrifice
Psalmodiant avec délices
Tous les démons en procession :

Vous pourriez en être l’objet,
La proie désignée pour le rôle !
Quand les sortilèges vous frôlent,
Il n’est plus temps de détaler.

Laissez les loups hurler à mort
Et les diablotins ricaner :
Demain le jour va triompher
Après qu’apparaisse l’aurore.